Enfin des réponses ! FORÊT DU CENTENAIRE, DOLLARD-DES-ORMEAUX
C’est la suite directe de cet article.
Bon. Après avoir pu lire le rapport complet de Beausoleil et al. (1984), plusieurs zones grises de mon premier texte se dissipent. Et surtout, certaines intuitions que j’avais tiennent encore très bien la route.
D’abord, le bassin. Le rapport est clair : à l’origine, le site a été choisi comme solution de drainage. Deux options existaient à l’époque : soit construire un tuyau d’égout jusqu’à la Rivière des Prairies, soit créer un bassin de rétention sur place. C’est cette deuxième option qui a été retenue, notamment parce qu’elle offrait aussi un potentiel récréatif. Le bassin n’a donc jamais été pensé comme un lac naturel, mais bien comme un ouvrage hydraulique. On sait aujourd’hui, et la Ville de Montréal le reconnaît, que certains raccordements ont été mal faits. Résultat : des eaux grises — voire brunes — se déversent encore dans ce bassin artificiel, même aujourd’hui.
Pour ce qui est des buttes, je dois faire un pas de recul. J’avançais l’hypothèse qu’elles pouvaient contenir des sols contaminés laissés sur place. Or, dans le rapport de 1984, il n’y a absolument aucune mention de contamination. Les buttes proviennent simplement des matériaux de déblai extraits lors du creusage du bassin. On va donc écarter cette hypothèse-là.
Là où le rapport devient franchement intéressant, c’est sur la forêt. Ce que je soupçonnais est clairement écrit noir sur blanc : le site était une érablière de production. On y lit que, pour l’exploitation du sirop d’érable, « les agriculteurs éliminent les jeunes pousses d’arbres et sélectionnent les individus qui ont le plus de potentiel », favorisant ainsi la croissance des érables à sucre et facilitant la circulation dans l’érablière. Autrement dit, le « ménage » était volontaire. Ça explique parfaitement la dominance écrasante de l’érable à sucre (et de l’érable noir, qui lui ressemble énormément et avec lequel il peut s’hybrider), la structure simplifiée du sous-bois, et l’absence — ou la très faible présence — d’espèces normalement associées à une érablière mature non exploitée.
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| Un rappel d’une ancienne cabane à sucre ? |
Du côté des espèces de sous-bois, le rapport mentionne la présence de trille blanc et de trille rouge, ce qui est loin d’être banal en contexte urbain montréalais, surtout combiné à des espèces comme la sanguinaire, le caulophylle faux-pigamon, l’hydrophylle de Virginie, la smilacine à grappes et le maïanthème du Canada. Ce sont toutes des espèces associées à des sols riches, frais, souvent calcaires, et à des forêts anciennes ou semi-anciennes.
Même chose du côté de l’avifaune. Le pioui de l’Est est recensé dans le rapport de 1984. Aujourd’hui, on sait que cette espèce est en déclin et considérée comme préoccupante. On note aussi la présence du butor d’Amérique et du héron vert, qui ne sont pas des espèces que l’on rencontre fréquemment en milieu urbain. Ils sont toutefois encore observés au parc du Centenaire, comme en témoignent les données récentes d’iNaturalist.
Bon. Je savais que mes intuitions étaient bonnes ! Outre le fait que je ne suis pas capable de prouver que les buttes contiennent des sols contaminés, pour le reste, j’avais raison ! Haha !
Référence
Beausoleil, M., Bouchard, C., d’Alcantara, S., Laroche, C., & Tremblay, M. (1984). Parc du Centenaire : Étude et recommandations pour l’aménagement de sentiers de nature. Rapport préparé pour la Commission du Parc du Centenaire, Dollard-des-Ormeaux. https://drive.google.com/file/d/1Dr-OV-kJpLQ23MkjJUcC-DJ3P7HDO8YD/view?usp=sharing
Illustration
Massicotte, E.-J. (1903). Les sucres [Illustration]. Dans Album universel (vol. 19, no 51, 18 avril 1903, p. 1201). BAnQ.




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