Parc du Centenaire (forêt du Centenaire), Dollard-des-Ormeaux

Première impression en visitant le site : on est clairement dans une ancienne érablière à sucre, associée à une cabane à sucre. Le milieu a été fortement modifié par l’humain au fil des décennies, avec des interventions répétées visant à avantager l’érable à sucre. Je n’y ai même pas observé de chêne rouge, pourtant habituellement commun dans les forêts anciennes de ce type.

Selon moi, l’étang présent sur le site a été creusé. Il s’agirait à l’origine d’un ancien marécage, possiblement utilisé comme dépotoir. Cette hypothèse repose sur la présence d’amas et de monticules autour du bassin, qui semblent correspondre aux matériaux extraits lors du creusage. Ce type de sols potentiellement contaminés est souvent conservé sur place, comme je l’ai observé à Anjou-sur-le-Lac. De plus, je me suis renseigné auprès d’un employé : le bassin présente des problèmes de qualité d’eau médiocre, avec des enjeux d’eau contaminée.

Est-ce que mes intuitions sont bonnes ? Je cherche maintenant à savoir si j’ai raison ! Haha !


Passons aux recherches.

Pour le bassin…

Effectivement, le projet est présenté dans La Presse, le 8 septembre 1966. On y mentionne explicitement le creusage d’un lac artificiel. Le maire explique que les travaux d’excavation et d’aménagement hydraulique doivent permettre d’assainir et de drainer le secteur, afin de rendre les terrains environnants constructibles et éventuellement vendables. Mon hypothèse de marécage tient donc la route.


Sur l’illustration du projet de 1966, on ne voit pas la forêt mature qui a pourtant été conservée sur le site. Le lac imaginé est d’ailleurs beaucoup plus grand que ce qui a été réalisé en réalité. On avait même rêvé de construire des tours d’habitation directement à côté du lac artificiel.

Pour ce dernier élément, cela rejoint ce que je qualifierais de logique d’aménagement spéculative — Anjou-sur-le-Lac en est un bon exemple (allez voir ça juste après votre lecture). Le scénario est simple : transformer un milieu humide jugé contraignant (dans ce cas, le ruisseau Bertrand qui s’élargit en marécage) en plan d’eau artificiel « valorisé », puis construire à proximité immédiate afin d’augmenter la valeur foncière.


Pour la cabane à sucre…

D’après la carte de Hopkins de 1879, on sait que la forêt mature qui apparaît sur la photo aérienne de 1954 appartenait en partie à la famille Meloche. La portion plus à l’ouest relevait quant à elle de la famille Théoret.

Pour les Meloche, je sais par La Patrie du 6 novembre 1909 que Polidor Meloche a marié Anna Wilson, et que son père habitait toujours à Sainte-Geneviève (Dollard-des-Ormeaux a fait partie de la paroisse de Sainte-Geneviève). Outre ça, je n’ai rien trouvé de direct concernant l’existence d’une cabane à sucre précisément dans ce secteur. Je sais toutefois que la plupart des cultivateurs faisaient les sucres dans les boisés de fond de terres. C’était la norme à l’époque. Mais je n’ai pas de preuve formelle.


Sur le terrain, ce qui m’a étonné, c’est l’absence de chênes, de bouleaux jaunes, de pruches ! Très, très peu d’érables rouges aussi. Il n’y a que l’ostryer qui semble particulièrement résilient : j’ai observé plusieurs jeunes individus un peu partout. Évidemment, de jeunes pousses d’érable à sucre étaient absolument partout, dépassant de la neige. Notons également la présence — très souhaitable — de l’érable noir, le p’tit frère de l’érable à sucre, qui produit lui aussi une eau sucrée et qui peut s’hybrider avec ce dernier.


Anecdote : j’ai trouvé mention d’un M. Lalonde, de Sainte-Geneviève, qui a remporté le premier prix pour son sucre d’érable dans un concours agricole le 10 septembre 1908 (La Presse).


Pour le dépotoir…

Bon. J’avoue que ma déclaration est entièrement gratuite. Je n’ai trouvé aucune preuve. Rien. Nada. Je pourrais chercher encore et encore, mais je crois qu’il est temps de demander de l’aide. Est-ce que quelqu’un qui me lit a déjà entendu dire que, lors de l’excavation du lac artificiel, on se serait aperçu que la terre était contaminée, possiblement en raison d’un ancien dépotoir ?

Mais pour ce qui est de la mauvaise qualité de l’eau, d’après un rapport de la Ville de Montréal de 2015, ce serait lié à des mauvais raccordements d’égouts… Le ruisseau Bertrand, ou plutôt un de ses affluents, aurait servi à la fois d’égout pluvial et d’égout combiné, et on est ici devant des raccordements inversés, ce qui semble malheureusement le cas de plusieurs ruisseaux, dont le ruisseau De Montigny dans le secteur d’Anjou-sur-le-Lac ! Bon Dieu ! Que de ressemblances ! Que de projets mal prévus, mal administrés ! Triste, je suis !


Bon, je vous remercie. J’avoue que je n’ai pas pu prouver mes intuitions, et c’était ça le défi. Ça ne peut pas toujours fonctionner comme lors de la visite du parc boisé Angrignon, bonyenne ! Hahahahahahaha !

Découvertes de dernière minute !

Plusieurs jours après la publication de ce billet, je trouve de nouvelles pistes ! Cinq étudiants auraient caractérisé le site en 1984 ! Je me laisse une note d’écrire à la bibliothèque du Jardin botanique, endroit où semble être le rapport de l’analyse de la forêt et du lac artificiel ! On peut lire dans cet article de La Presse du 9 août 1984 qu’on trouve sur le site des fossiles d’une mer tropicale d’il y a 500 millions d’années, surprenant ! On y indique aussi que l’on était conscient que le lac artificiel était pollué, on en estime même les coûts de dépollution… Je cherche donc ce rapport : Beausoleil, M., C. Bouchard, S. d’Alcantara, C. Laroche, M. Tremblay. 1984. Parc du Centenaire : Étude et recommandations pour l’aménagement de sentiers de nature. Rapport préparé pour la Commission du Parc du Centenaire, Dollard-des-Ormeaux, Qc, 74 p. + annexes. Recherche à suivre, donc !



Références

Archives de la Ville de Montréal (1954). Vues aériennes de l'île de Montréal. Données ouvertes de la Ville de Montréal.

Hopkins, H. W. (1879). Parishes of Isle Bizard, Ste-Anne and Ste-Geneviève, and Pointe-Claire [Carte]. Dans Atlas of the City and Island of Montreal. Montréal. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), collection cartographique.

La Patrie. (1909, 6 novembre). Île Bizard – Mariage de M. Polidor Meloche. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), collection de journaux numérisés.

La Presse. (1908, 10 septembre). L’exposition de Jacques-Cartier. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), collection de journaux numérisés.

La Presse. (1966, 8 septembre). Un vaste parc de 30 acres en pleine ville. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), collection de journaux numérisés.

Mahaut, V. (2018). Recensement cartographique des anciens cours d’eau de l’île de Montréal et tracé des creux et des crêtes. Université de Montréal. Dépôt institutionnel Scholaris.

Ville de Montréal. (2015). Portrait de la qualité des plans d’eau à Montréal : Bilan environnemental 2014. Service de l’environnement, Division du contrôle des rejets industriels.


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