Petit bilan de ce qui a été vu cet été dans l’Ouest de l’île

Bonjour ! Alors comme vous l’avez vu par mes dernières publications, cet été, j’ai exploré l’Ouest de l’île de Montréal. Pas que, j’ai aussi réexploré le Mont-Royal et certains boisés de l’Est, dont les rives du ruisseau De Montigny.


Mais concentrons-nous sur la partie complètement à l’Ouest de l’île. C’est 1 330 observations iNaturalist, avec 129 espèces. Je sais, ce n’est pas tant que ça, mais mon trip, c’est de comprendre le paysage, de comprendre ce qui est arrivé aux anciens boisés résiduels, morcelés, issus de l’ancienne forêt précoloniale. On le voit sur la première carte, j’ai surtout exploré les bouts de boisés qui étaient là dans les années 1920-1930, et dont il persiste des vestiges. Et c’est surtout là, et dans les anciennes haies agricoles, que j’ai trouvé mes espèces indicatrices, soit le caryer ovale (Carya ovata) et le noyer cendré (Juglans cinerea). Pour comprendre ma recherche, et l’importance de ces espèces indicatrices, je vous renvoie à mon texte sur l’Arboretum Morgan.


Petit exercice de statistiques, et ça ne sera pas parfait, car ça se base uniquement sur les données iNaturalist… C’est une plateforme de science citoyenne puissante, mais loin d’être parfaite, donc c’est juste pour se donner une idée, pour peut-être entrevoir des tendances. Sur toute l’île de Montréal, c’est 952 caryers ovales qui ont été observés par la communauté iNaturalist. Je tiens à souligner qu’un gros effort d’inventaire avait été effectué par moi et mes collaborateurs vers 2022-2024 dans les boisés résiduels de l’ancienne forêt de l’Est de l’île. Et pour la section de l’Ouest de l’île que j’ai explorée cet été, c’est 635 caryers ovales qui ont été observés par la communauté. C’est donc les deux tiers des caryers ovales de l’île de Montréal qui se situeraient dans l’Ouest ! Bon, ce sont des données versées à la louche, mais ça indique tout de même une tendance, car je n’avais jamais vu de si grandes colonies de caryers ovales de toute ma vie (surtout à l’Arboretum Morgan) !


Pour le noyer cendré, c’est 297 spécimens observés par la communauté sur toute l’île, et 86 dans l’Ouest de l’île. Un peu moins du tiers des noyers cendrés observés sont dans l’Ouest de l’île, tout de même. Et en général, le noyer cendré est moins présent que le caryer ovale sur le territoire, ce qui se confirme sur le terrain. C’est que le noyer cendré est attaqué par un chancre (Ophiognomonia clavigignenti-juglandacearum) ; l’espèce est en perdition à Montréal. C’est tout de même curieux, car dans les nombreux tomes de Curieuses histoires de plantes du Canada d’Asselin, Cayouette et Mathieu (2014-2024), les textes à propos du noyer cendré sont beaucoup plus nombreux que ceux à propos du caryer ovale. C’est donc une piste à approfondir.


Pour ce qui est de la faune vue cet été, seulement 14 espèces (j'ai vu plusieurs traces de cerf de Virginie que je n'ai pas photographiées). Ce n’est pas grand-chose, mais ce n’était pas ce que je cherchais. Pour l’observation d’ours noir, c’est douteux, c’est juste basé sur des excréments qui pourraient ressembler à ceux d’un ours. Ce n’est approuvé par personne, et j’ai moi-même de gros doutes…

Enfin, je ne crois pas que ce que j’ai visité cet été dans l’Ouest puisse être considéré comme des exemples typiques de forêt précoloniale. Nous sommes bien devant une grande mosaïque de l’érablière sucrière à caryer cordiforme, avec toutes ses variantes locales. Et c’est triste à dire, mais les grandes mosaïques forestières de l’Ouest de l’île ont été mieux conservées que celles à l’Est… Plus grandes, moins morcelées, moins de modifications anthropiques, les grands boisés de l’Ouest ont conservé de grandes étendues de sols plus propices à la conservation, à la succession des espèces disons ancestrales (qui étaient déjà là au début du XXe siècle).

Historiquement, d’après les travaux du paléogéographe et palynologue Pierre J. H. Richard, et de plusieurs autres recherches polliniques et de macrorestes (je ne mettrai pas ici toutes mes références, car j’y reviendrai d’une manière plus sérieuse et académique), Montréal était, à l’arrivée des Européens, principalement dominée par les érables à sucre et les hêtres à grandes feuilles ; on note aussi une forte domination de la pruche et du pin blanc. Et d’après une carte attribuée à Vachon de Belmont, de 1702, une grande forêt de thuyas occidentaux et de frênes noirs s’étendait sur les terres mal drainées du nord de l’île… Et c’est ça qui est fascinant, c’est que de grandes hêtraies, j’en ai vu, surtout à l’Arboretum Morgan… De la pruche, oui, mais peu, tout de même présente dans certains secteurs de l’Arboretum et des boisés liés au bassin versant de la rivière à l’Orme. Malheureusement, le pin blanc est pratiquement absent naturellement (oui, il y a eu plusieurs plantations). Finalement, petit mystère à résoudre, j’ai vu une belle cédraie (thuya occidental) dans un boisé magané près de la rivière à l’Orme, et je ne suis pas encore capable de répondre à la question : est-elle d’origine anthropique, ou est-ce le fruit de la succession naturelle ? Quelqu’un ici connaît ce secteur ?

Ben voilà, j’en suis juste là ! Je me soigne d’une forte grippe et j’essaie de faire le point avec toutes les données de cet été ! On va bien passer l’hiver à analyser tout ça ! :)

1330 observations iNaturalist de Renard frak, avec 129 espèces, dans l’Ouest de l’île

Référence

Asselin, A., Cayouette, J., & Mathieu, J. (2014). Curieuses histoires de plantes du Canada : 1000-1670 (T. 1). Septentrion.


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