L’île aux Chats (Bois-de-Saraguay) : un milieu très étudié

Très rapidement, car je suis déjà en retard, je suis en séminaire de lecture, et je m’accroche, je m’épivarde dans trop de textes. De par sa situation géographique, je n’aurai peut-être jamais le loisir de visiter cette île, donc j’y vais de résumés de documentation.

Érablière à hêtre sur l’île aux Chats (site patrimonial du Bois-de-Saraguay, Montréal, Québec)

Du côté de l’archéologie

« De par sa position au milieu de la rivière des Prairies, l’île aux Chats présente un potentiel intéressant d’occupation. Elle est en effet facilement accessible par canot [moyen de transport privilégié avant la période historique] et sa surface est peu accidentée. Toutefois, la mauvaise qualité du drainage et la microtopographie du sol rendent l’endroit moins attrayant pour une occupation prolongée. » (Gauvin, 1990)

Il y a eu plusieurs sondages dans les années 1990, aux endroits considérés propices, mais aucune trace d’occupation préhistorique n’a été trouvée pour l’instant. L’endroit semble néanmoins avoir présenté un intérêt pour des haltes temporaires (foyers dispersés). Donc, cette île conserve son potentiel ou des indices d’intérêt archéologique.


Du côté de la flore

« Certains sites présentent quant à eux des conditions plus xériques. Surtout concentrés sur l’île aux Chats et dans la partie nord-ouest du boisé principal, ces sites sont occupés par des érablières à Quercus rubra, des érablières à Fagus grandifolia et une prucheraie. Ce dernier type de peuplement forme aussi de petits îlots là où le till affleure. » (Domon et al., 1986)

« Un complexe pente-drainage-pierrosité apparaît responsable de la présence des érablières à Fagus grandifolia qui, au Bois-de-Saraguay, semblent constituer le type de peuplement climacique des sites qu’elles occupent. La prucheraie comprise dans le groupe des communautés matures occupe, elle aussi, une pente forte située au haut d’un talus. D’une hauteur de 5 m, celui-ci donne directement sur la rivière des Prairies, à l’extrémité ouest de l’île aux Chats. » (Domon et al., 1986)

On note ici que cette description du paysage de l’île aux Chats n’est pas la même que chez Gauvin (1990), qui mentionnait une microtopographie et une mauvaise qualité de drainage. Domon et al. (1986) mentionnent des conditions plus xériques (secs) et de fortes pentes. C’est troublant, on parle du même endroit ? Absolument, le document de Gauvin s’intitule Inventaire archéologique du parc de Saraguay.


Du côté de l’analyse pollinique et macrofossile

« Les données concernant l’évolution à long terme des forêts en milieu urbain sont rares. À l’aide de l’analyse pollinique et macrofossile d’une carotte sédimentaire prélevée dans un bourbier sur l’île aux Chats, au Bois-de-Saraguay à Montréal (Québec), l’histoire d’une érablière a été reconstituée à une échelle spatiale locale pour les 8200 dernières années. » (Lavoie et Richard, 2017)

En résumé, d’après Lavoie et Richard (2017) :

Il y a environ 8 200 à 7 700 ans : Émersion des eaux du Lac à Lampsilis et colonisation rapide par une érablière diversifiée comprenant des conifères (Pinus resinosa, Picea mariana, Larix laricina, Pinus strobus, Abies balsamea), des feuillus (Betula papyrifera, Quercus, Ulmus, Acer saccharum, Acer saccharinum, Tilia americana, Carya ovata, Carpinus caroliniana, Ostrya virginiana, Fraxinus nigra, Fraxinus pennsylvanica) ainsi que des arbustes et herbacées de milieux humides (Alnus incana subsp. rugosa, Myrica gale, Decodon verticillatus, Salix, Carex, Chara, Najas flexilis).

Il y a environ 7 700 à 6 900 ans : Forte représentation de Pinus strobus et diversification maximale des taxons macrofossiles, incluant Abies balsamea, Acer saccharum, Tilia americana, Taxus canadensis, Viola, Alnus incana subsp. rugosa, Myrica gale, Decodon verticillatus, Carex, Boehmeria cylindrica et Urtica, avec une augmentation des fougères dans la seconde moitié de la période.

Il y a environ 6 900 à 5 500 ans : Période marquée par l'apogée de Tsuga canadensis (pruche), un maintien élevé mais graduel de Pinus strobus et de Quercus, une raréfaction des macrorestes d'arbres, et une colonisation locale par les fougères (monolètes et Osmunda).

De 5 500 ans AA jusqu’à la période récente : Déclin marqué de Tsuga canadensis, expansion progressive d'AMO (Acer saccharum, Tilia americana, Acer rubrum), et résurgence de Quercus, Ulmus, Fraxinus nigra, Fraxinus pennsylvanica, Carya ovata, Betula alleghaniensis et Juglans cinerea, accompagnées de taxons plus récents ou tardifs comme Sambucus racemosa subsp. pubens, Rubus idaeus, Viola, Aralia racemosa et, au sommet (période euro-canadienne), une légère augmentation des plantes rudérales (Ambrosia, Poaceae).


Références

Domon, G., Bouchard, A., Bergeron, Y., & Gauvin, C. (1986). La répartition et la dynamique des principales espèces arborescentes du Bois-de-Saraguay, Montréal (Québec). Canadian Journal of Botany, 64(5), 1027–1038.

Gauvin, H. (1990). Inventaire archéologique du parc de Saraguay. Rapport remis au Jardin botanique de Montréal.

Lavoie, M., & Richard, P. J. H. (2017). The 8200-year vegetation history of an urban woodland as reconstructed from pollen and plant remains. Botany, 95(2), 163–172. https://doi.org/10.1139/cjb-2016-0182


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