Les méandres du ruisseau Molson, près de la Canadian Steel Foundries, en 1937

Toutes ces infos et photos proviennent d’un mémoire de maîtrise de 1937. Le territoire présenté se trouve aujourd’hui sur les terrains de l’ancien entrepôt Molson et de l’ancien stationnement de Mabe Canada, ce dernier étant désormais traversé par une route réservée au Port de Montréal, sur la rue Dickson.


Les méandres du ruisseau Molson offraient plusieurs environnements pittoresques, comme des îles et des petits lacs en forme de fer à cheval, d’anciens bras morts du ruisseau (cut-off ponds) ! Première photo en juillet 1937, par Harry D. Lead, montrant un tout petit chenal à l’arrière d’une petite île. D’ailleurs, cette île est très visible sur les photos aériennes de 1947 et est vectorisée sur la carte Patrimoine naturel et territorial de Montréal. La position plausible du photographe y est suggérée par le triangle orange. Dans cette section intermittente du ruisseau Molson, les berges et les zones marécageuses adjacentes abritaient une végétation riveraine typique des milieux perturbés et humides, dominée par des herbes hautes, des quenouilles (Typha), des rubaniers (Sparganium), le scirpe ou jonc / carex (Scirpus, the bulrush), l’alisma ou plantain d’eau (Alisma), l’élodée (Elodea), la sagittaire (Sagittaria), des algues filamenteuses (Cladophora), la lentille d’eau (Lemna) et des potamots (species of Potamogeton). Plus haut, on y trouve aussi l’impatiente du Cap et le cerisier de Virginie.

Un peu plus au nord, à la station 6, cet ancien bras mort du ruisseau (qui se réactive lors des crues) présentait une morphologie qui a évolué rapidement dans le temps : d’une forme en fer à cheval en 1937, il s’est écrasé et a réintégré en partie le cours du ruisseau en 1947. L’auteur note un fond constitué entièrement d’une boue organique fine et molle (mud bottom), typique de ces anciens bras morts isolés. C’est un véritable paradis pour les plantes aquatiques et riveraines. Lead y observe une abondance d’algues filamenteuses (Cladophora) et de mousses aquatiques (Fontinalis). L’absence de courant et la richesse organique en font un habitat de choix pour une foule d’organismes. On y trouve des populations d’escargots et de mollusques aquatiques. L’auteur souligne d’ailleurs que c’est l’une des rares stations où abonde le grand escargot d’eau Lymnaea stagnalis, en plus de diverses sangsues, d’insectes aquatiques (notamment des coléoptères plongeurs et des odonates comme les libellules) et d’amphibiens qui profitent de cette eau stagnante et chaude.


Terminons avec ce magnifique montage de photos doubles montrant le même bras coupé de forme circulaire, pratiquement à sec en été. On regarde vers le fleuve, vers le sud-est ; on entrevoit même le mont Saint-Bruno à l’horizon à droite et, en raison de l’angle de prise de vue, possiblement une petite partie du mont Saint-Hilaire à l’arrière. À l’arrière-plan gauche, ce sont les bâtiments de la Montreal Locomotive Works. Le bâtiment plus récent près de Notre-Dame qui abrite aujourd’hui Décathlon ne sera construit que plus tard, pendant la Seconde Guerre mondiale. Près de la rue Notre-Dame, j’y interprète les silhouettes d’ormes d’Amérique, l’arbre emblématique de Montréal de l’époque.


Il s’agissait des stations 5 et 6, illustrées par les planches 10 à 12 (Plates 10 to 12).

Référence 

Lead, H. D. (1937). An ecological study of Molson's Creek [Mémoire de maîtrise, Department of Animal Science, McGill University]. Scholaris McGill. https://doi.org/10.82308/37448

Commentaires

Articles les plus consultés