Les Bois-de-la-Roche (1930)

Ce toponyme est en fait lié au domaine de la Maison Louis-Joseph Forget, construite vers 1899, au 292, chemin Senneville. Mais puisque la Ville de Montréal a créé le Parc agricole du Bois-de-la-Roche, englobant plusieurs boisés et terres agricoles un peu plus à l’est, j’ai vectorisé les boisés et les haies agricoles visibles sur une mosaïque de photos aériennes de 1930 de ce qui semblait lié à ce nouveau parc agricole. Pour ce qui est de l’importance des anciennes haies agricoles, j’en ai parlé ici.


Mon périple dans ce secteur a commencé par une sortie de terrain pour la reconnaissance des dépôts meubles avec mon co-directeur de recherche, le géologue et professeur Olivier Caron. Déjà en auto, j’avais spotter des caryers ovales pas très loin du lieu historique de la Bataille-du-Lac-des-Deux-Montagnes. Olivier, en excellent négociateur, nous avait dealer une place de stationnement sur un terrain privé, car vraiment le chemin Senneville a encore l’allure d’un rang, pas d’accotement pour se stationner. J’y suis donc retourné seul un peu plus tard dans la semaine, car vous le savez peut-être, mais les inventaires de flore, ça peut être long en torpinouche. De magnifiques petits boisés se trouvent entre le 328 et le lieu historique, de part et d’autre du chemin, dont un qui contient un des groupes de caryers ovales les plus gros que j’ai vu !


En allant vers le sud-ouest, ça se gâte beaucoup, le boisé change drastiquement, et la raison est visible sur les photos aériennes de 1930. Aujourd’hui boisé, cet endroit était en 1930, pourrait-on dire, une sorte de parc à l’anglaise constitué de quelques gros semenciers, surtout des érables à sucre, sans aucun sous-bois. De nos jours, par manque d’entretien, les espèces exotiques envahissantes (EEE) ont rempli les trous. Les gros semenciers sont toujours là (de gros érables à sucre, de gros chênes rouges), mais pour le reste, on se retrouve dans une mer de nerpruns cathartiques (Rhamnus cathartica) ! Une EEE qui produit une toxine empêchant les semences des espèces indigènes de germer (je vulgarise rapidement là, c’est plus complexe que ça). C’est dans un de ces boisés déprimants, rempli au ras bord de nerpruns, que j’ai vu l’origine du toponyme Bois-de-la-Roche. On est bien sur un dépôt de till non différencié, et les boisés originaux devaient être jonchés d’une grande quantité de blocs erratiques. C’est donc là que j’ai vu l’un des plus beaux, des plus hauts et des mieux conservés de ces murets de blocs erratiques que les agriculteurs construisaient pour se débarrasser des roches qui perturbaient l’agriculture et pour délimiter les terres. Je me suis senti mal, car j’ai trouvé la scène ben ben belle : avec ces nerpruns, ça donnait un p’tit look européen ben ben cute ! Câlinne ! Moi qui haïs le nerprun ! Je l’ai trouvé cute trois secondes, le verrat !


J’ai dû retourner à multiples reprises dans ce secteur, car les boisés sont éloignés, séparés par de grandes terres agricoles toujours en fonction ou en friche. Au bout des rues Meloche et Tremblay, à l’est du Zoo Ecomuseum, se trouvent des boisés que je croyais faciles d’accès. Les photos aériennes de Google semblaient promettre de beaux sentiers bien dégagés. Mais une fois sur le terrain, que non ! Rien n’a été entretenu depuis belle lurette : de grandes colonies de phragmites eurasiens (EEE) à perte de vue. Je déteste le phragmite, c’est un vecteur de tiques. Le quartier subit des travaux de réfection d’égouts, j’ai de la misère à me trouver un autre chemin. Finalement, je saute une clôture tout de même haute indiquant que le terrain appartient à l’Université McGill. Je me suis dit : « Pas grave ! Pour mes recherches, on m’a donné la permission de faire du hors-sentier. » Je me retrouve alors dans une friche de framboisiers, de vignes et de bois mort bordélique ! Hahaha ! J’en déchire mes pantalons ! Heureusement, plus loin, je vois le début d’une vraie érablière sucrée bien dégagée ! Go calvénusse !

Ça valait le bordel ! J’y ai découvert une belle colonie de caryers ovales (Carya ovata), quête ultime de mes recherches, avec 58 individus ajoutés à l’application iNaturalist, et plus d’une centaine en incluant mes notes de terrain. Wow ! Un beau boisé qui demanderait à être nettoyé, parce que là aussi, le nerprun cathartique commence à créer des murs pratiquement infranchissables (l’espèce pousse densément, en arbuste enchevêtré, et possède des pseudo-épines).

Ah oui ! Faites attention : dans ces boisés, on retrouve sur les magnifiques caryers ovales la variété grimpante de l’herbe à puce (Toxicodendron radicans var. radicans). Tout de même une plante fascinante ! On note aussi au passage que la nomenclature canadienne n’est pas la même que celle de iNaturalist. En fait, iNaturalist n’a pas que des qualités, c’est souvent un peu trop le bordel.

Enfin, pour ce qui est de la deuxième espèce qui me fait autant voyager, soit le noyer cendré (Juglans cinerea, et j’explique pourquoi ici), je l’ai davantage trouvé dans les anciennes haies agricoles plus à l’ouest. Quelques rares vieux individus en fin de vie, malades du chancre (Ophiognomonia clavigignenti-juglandacearum), mais surtout des jeunes commençant leur vie au grand soleil. Je me suis demandé à plusieurs reprises sur le terrain : « Il nous reste combien de temps avant que l’espèce ne disparaisse ? » Le chancre du noyer cendré fait des ravages, et tous les individus que j’ai rencontrés cet été, le moindrement un peu matures, étaient malades ou morts… Triste !


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