L’Arboretum Morgan dans les années 1940 : très faible mention du caryer cordiforme
Toujours à fouiller dans les vieux inventaires, les plus vieux possibles. Pour l’instant, je ne remonte guère qu’à près d’un siècle dans le passé... Cette fois-ci, ça se passe à l’Arboretum Morgan, complètement à l’ouest de l’île de Montréal, en 1946 et 1947. Ce ne sont que trois stations, que trois quadrats.
Juste pour que tout le monde parle le même langage, à Montréal, nous sommes dans le domaine bioclimatique de l’érablière à caryer cordiforme. Donc, généralement, ce que l’on rencontre le plus sur l’île, lorsque les milieux mésiques ont été conservés et ne sont pas trop altérés, et qu’il n’y a pas eu de coupes outrancières, ce sont des boisés morcelés principalement dominés par les érables à sucre, et dont le caryer cordiforme est co-dominant. Et ça se confirme sur le terrain, le caryer cordiforme est un excellent colonisateur d’espaces ouverts, de clairières, de zones perturbées, mais lorsque les sols n’ont pas trop été modifiés. Je le rencontre beaucoup moins lorsqu’on a compacté et minéralisé les sols.
Sauf que les mentions du caryer cordiforme dans les vieux inventaires des années 1930 et 1940 se font rares... Et j’en suis surpris ! Par exemple, dans ce document, Woodland Quadrats on Montreal Island in the St Lawrence River, pour la première station, aucune mention du genre Carya. Nous sommes devant une hêtraie à érable à sucre, ce que certains considèrent comme l’agencement caractéristique de la forêt précoloniale montréalaise (ou encore une érablière à hêtre à grandes feuilles). Les arbres de plus grande taille affichaient une circonférence moyenne de 130 cm (soit un diamètre d’environ 41,4 cm) à une hauteur de 1,5 m au-dessus du sol. On était donc possiblement devant des hêtres centenaires, qui avaient germé grosso modo vers 1840.
Le deuxième quadrat, toujours d’après Polunin et al. (1950), était une érablière sucrière à tilleul et orme d’Amérique. Les érables à sucre y atteignaient jusqu’à 24 m de hauteur et 171 cm de circonférence à 1,5 m au-dessus du sol, ce qui donne après conversion un DHP (Diamètre à Hauteur de Poitrine) d’environ 54,4 cm. Encore une fois, des arbres fort possiblement centenaires, ou un peu moins. C’est dans la liste de la strate arbustive et herbacée de cette station que le caryer cordiforme apparaît, en 28e position. C’est tout, rien d’autre à propos du genre Carya dans ce document ! Et pour avoir sillonné l’Arboretum Morgan une bonne partie de l’été, je peux vous dire que le genre Carya est très présent de nos jours dans les nombreuses communautés ! C’est peut-être simplement dû au hasard de l’implantation des quadrats choisis par Polunin et al. (1950) ?
Enfin, le dernier quadrat était une communauté de pin blanc et de pruche ! Le plus gros pin avait environ 24 mètres de hauteur et 76,4 cm de DHP ! Encore une fois, l’estimation de l’âge d’un arbre juste avec la hauteur et le DHP est délicate, tout est en fonction du sol, de l’ensoleillement, du drainage, etc. Mais on peut penser à des pins centenaires, peut-être plus ! Possiblement des arbres ayant vu le jour à la fin du 18e ou au début du 19e siècle.
Très intéressant tout ça ! Mais les caryers là-dedans ? Bref, je ne sais pas trop en fait, l’enquête se poursuit ! Si vous avez en votre possession de très vieux inventaires de la région montréalaise, je suis preneur ! Merci !
Référence
Polunin, N., Wellwood, A. A., Zinck, G., MacKenzie, A., Gooding, H. B., Shaw, M. et Turnau, E. A. (1950). Woodland quadrats on Montreal Island in the St Lawrence River. Journal of Ecology, 38(1), 36-45. https://doi.org/10.2307/2256524





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