Cap Saint-Jacques (1930)


Imaginez-vous donc que j’ai commencé à visiter le Cap Saint-Jacques en pleine canicule ! Haha ! Et j’ai choisi le côté plage, côté ouest, à 17 $ l’entrée, et je ne me suis même pas baigné ! Hahahahahahaha ! Au travers de la folie ambiante, de la musique pas bonne crachée par de p’tits speakers cheap n’offrant que des hautes fréquences distorsionnées, j’ai vu l’un des plus gros chênes rouges de ma vie. Je dois avouer qu’en raison de la chaleur, j’étais en culotte courte, donc je ne me suis pas enfoncé ben loin dans les boisés, de peur de me frotter à l’herbe à puce. Sinon, malgré la chaleur, il y avait un bon vent frais venant du large et une bonne différence de température une fois entré dans les boisés.


C’est au cap Saint-Jacques que j’ai vu le plus de traces d’acériculture ancienne, et ce, dans plusieurs petits boisés lors de mes nombreuses visites. Ça se confirme avec des boisés uniquement constitués de vieux érables à sucre bien espacés, un sous-bois appauvri, souvent avec de jeunes pousses de nerprun cathartique (Rhamnus cathartica), et des traces d’anciens chemins ici et là. Faut savoir que les anciens considéraient l’érable de Pennsylvanie (Acer pensylvanicum) et l’érable à épis (Acer spicatum) comme de la mauvaise herbe qui entrait possiblement en compétition avec l’érable à sucre. Je n’ai trouvé qu’un seul érable de Pennsylvanie, une toute jeune pousse, et je suis le seul sur iNaturalist à avoir trouvé une trace de l’espèce au cap ! Eh ben !

D’ailleurs, la forêt autour de la cabane à sucre du cap Saint-Jacques n’est pas très impressionnante. Il y a eu d’importantes modifications anthropiques dans le passé, la forêt est morcelée avec une multitude de sentiers allant dans tous les sens, et le tout est sévèrement envahi de nerprun cathartique. Mais, mais, mais, j’y ai vu les traces d’importants travaux d’arrachage de nerpruns. Je vous félicite, car c’est un travail difficile et ingrat !

J’y ai trouvé mes espèces indicatrices, soit le caryer ovale (Carya ovata) et le noyer cendré (Juglans cinerea). Et cette fois, plusieurs observations du caryer ovale étaient près de l’eau ! Bonne nouvelle. Dans ma recherche à propos des modifications anthropiques qu’auraient pu apporter les Premières Nations au paysage, il y a l’hypothèse que le caryer ovale aurait pu être planté, souhaité, entretenu aux endroits de portages et de campements. D’après plusieurs archéologues, le chenal entre le cap Saint-Jacques et l’île Bizard, ainsi que leurs rives, constituaient possiblement des endroits de transit important pour les Premières Nations. Pour l’instant, il n’y a pas eu de grandes découvertes archéologiques dans ce secteur, mais ça reste une zone au fort potentiel archéologique. Ça concorde un brin avec ma pré-analyse d’avril 2026, qui était fort simple et qui ne reste justement qu’un test. Mais en comparant les zones d’interaction entre la flore indicatrice, les sites archéologiques et le réseau hydrique, on voit apparaître des hotspots sur les rives du cap Saint-Jacques et de l’île Bizard.


Pour le noyer cendré, devinez quoi ? Je l’ai encore retrouvé dans les anciennes haies agricoles ! Fou pareil ! Il aimait donc le gros soleil que subissaient ces étroites haies… Oui, j’utilise le passé parce que la majorité de ceux observés cet été étaient morts dû au chancre du noyer cendré (Ophiognomonia clavigignenti-juglandacearum). J’ai tout de même trouvé un jeune, tout frais, au sud du cap, au bout de la rue Rose-Marie. J’étais là avec Alexis Landry, on devait creuser des trous à la tarière manuelle (surtout lui en fait, yé jeune, moi je notais, hihi) pour de futures analyses des dépôts meubles. Ça se voit sur les photos aériennes de 1930 : il n’y avait pas vraiment de boisé à l’époque, mais de nos jours, on est tombé sur un drôle de mélange d’érables de Norvège et d’autres espèces exotiques envahissantes. Des sols étranges, des buttes, des motifs presque mécaniques, des marécages secs… J’ai compris en sortant de ce bordel avec Landry, lorsqu’un voisin est venu nous parler. Jadis, on avait extrait du matériel de ces anciennes terres agricoles pour créer le chemin de l’Anse-à-l’Orme. On se retrouve sur un dépôt de till indifférencié, avec plein de gros cailloux. Et voilà que le fils, habitant la maison en face, débarque pour parler cailloux et jardin ! Hahahaha !

Tout ça pour dire que même dans le bois, on est rarement sur des sols, disons, « originaux », et que même la structure de la forêt a été influencée depuis très, très longtemps par le genre Homo (c’est nous ça !). Donc, qu’est-ce qui est naturel ?




Commentaires

Articles les plus consultés