Boisé Angell (1924)

Je ne répèterai pas tout ce qui a été dit à propos du boisé Angell au fil des décennies : longue lutte citoyenne, tribunaux, flore rare, etc. Je vais y aller de quelques anecdotes de terrain.


Parc à chiens adjacent

J’y ai été à multiples reprises avec mon fils et notre chien cet été. On a été très impressionnés par la très grande superficie de ce parc, dont une partie est boisée ! Les chiens sont comme leurs maîtres, à la sauce anglaise, soit polis. On n’en revenait pas, et on s’est dit que la municipalité de Beaconsfield devait être ben riche, un gros investissement cet immense parc canin !

Flore et faune rares

Il y a effectivement une flore moins commune pour Montréal. On est devant la classique érablière sucrée à caryer cordiforme. On y ajoute des érables noirs, qui sont un peu plus rares. S’ajoute à ça le dirca des marais : j’en ai jamais vu autant à Montréal ! C’est effectivement une situation qui me semble unique sur l’île. On peut aussi y rencontrer la très rare couleuvre brune, tout de même ! Le cœur du boisé ancestral est entouré de plusieurs friches arbustives et de frênaies et d’ormaies en fin de vie. D’ailleurs, sur le plan de Marineau des années 2000, on peut y voir de grandes frênaies, qui étaient en fait des ormaies-frênaies ou frênaies-ormaies, peu importe. Le frêne ayant été décimé par l’agrile du frêne, il ne restait que les ormes d’Amérique. Malheureusement, ces derniers sont tous morts de la graphiose de l’orme (ce que l’on nommait jadis la maladie hollandaise de l’orme). Il y a une rue résidentielle flanquée en plein centre de ce boisé, et justement, d’après mon expérience (et c’est le cas partout), les riverains sont souvent les pires gardiens des boisés ancestraux. J’ai vu des espèces exotiques envahissantes sillonnant le boisé qui très visiblement provenaient des cours des riverains : dont les terribles pétasite du Japon, égopode podagraire et petite pervenche. Triste que l’on laisse envahir ce magnifique boisé par ces espèces exotiques envahissantes. Il y a de l’éducation à faire !


Fait cocasse

Il y a dans la partie la plus vieille du boisé deux carcasses d’autos des années 1950, j’en parle ici dans ce billet. J’ai même identifié les autos en déconfiture !

La forêt précoloniale

Une analyse sporopollinique exploratoire fut réalisée en 2011-2012 sur les 250 cm supérieurs d’une carotte de 278 cm localisée dans l’érablière argentée du boisé Angell. Grâce à cette analyse, et de manière très résumée, on sait ceci :

Il y a environ 8 000 à 6 000 ans : Présence de Pinus (pins), Picea (épinettes), Abies balsamea (sapin baumier), Larix laricina (mélèze), Tsuga canadensis (pruche), Ulmus (orme), Quercus (chêne), Acer saccharum (érable à sucre), Acer rubrum (érable rouge), Fagus grandifolia (hêtre), Betula (bouleau), Tilia americana (tilleul d'Amérique), Fraxinus (frênes), Juglans cinerea (noyer cendré), Carya ovata (caryer ovale), Celtis occidentalis (micocoulier)…

Il y a environ 6 000 ans AA à nos jours : Domination ou persistance de Fagus grandifolia (hêtre à grandes feuilles), Acer saccharum (érable à sucre), Tsuga canadensis (pruche), Betula (bouleau), ainsi qu'une présence marquée de Ulmus (orme) et de Fraxinus (frênes).


Voilà ! C’est tout pour moi ! À la prochaine !


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