Vallée du ruisseau Saint-Martin : un havre nourricier du Sylvicole moyen

D’après les recherches archéologiques dans ce secteur (Archéotec, 2005), au Sylvicole moyen, la présence des Premières Nations est attestée. On note une forte présence de riz sauvage et de noyer cendré, ainsi que la présence du caryer ovale (en moindre importance pour ce dernier, il n’apparaît que dans la liste des espèces recensées en Annexe II).

La zone illustrée sur cette carte est un compromis entre l’aire de recherche représentée dans le rapport d’Archéotec (2005) et la zone de creux marécageux apparaissant sur les cartes en tuiles de Mahaut (2016).


Extraits des Annexes I et II du document d'Archéotec (2005) :

Supervision archéologique de sondages exploratoires et de travaux d'infrastructures publiques dans le Quartier international de Montréal, phase 2 (MTL02-25-13) 2002-2003

« ÉVOLUTION PALÉO-ENVIRONNEMENTALE DE LA VALLÉE DE LA RIVIÈRE SAINT-MARTIN, 5 000 ANS D'ARCHIVES SÉDIMENTAIRES ET POLLINIQUES DES PROFILS QIM03-1C5 ET 2C7

Le présent rapport fait état des résultats d'analyses polliniques effectuées sur deux profils sédimentaires d'un paléosol identifié à plusieurs endroits de la cuvette de la vallée de la rivière Saint-Martin, dans le quadrilatère compris entre les rues Saint-Urbain, McGill, Saint-Antoine et Viger, à Montréal. »

« Entre 2250 et 1700 ans avant aujourd'hui, l'aire d'étude est maintenant une baie de rivière bien isolée en période estivale. L'environnement arboréen est toujours relativement stable, si ce n'est la possibilité qu'une prucheraie à dryoptère se soit développée près de la limite des eaux, dans la pente. Le noyer cendré apparaît plus présent que par le passé. La zone de marais se consolide davantage, l'épaisseur d'eau s'abaisse légèrement par creusement des effluents et un herbier émergent en eaux calmes et peu profondes est rapidement mis en place dès 2400 ans AA. Le niveau moyen de la surface de l'eau s'apparente alors au minimum de la période précédente à 12,75 mètres anm. L'herbier aquatique, où des groupements de cypéracées et graminées semblent en compétition, aurait été dominé, selon toute vraisemblance, par un vaste et dense groupement de riz sauvage. Durant la période du Sylvicole moyen, des populations visitent régulièrement la pente sud de la colline du Vieux-Montréal et l'embouchure de la rivière Saint-Pierre. Cette recrudescence de l'occupation humaine est certainement à mettre en parallèle avec cet environnement riche en ressources halieutiques et végétales. »

« Durant le millénaire suivant, peu de choses changent dans la vallée sur le plan végétal, si ce n'est un changement de dominance de la ceinture de graminées de l'herbier émergent de l'aire d'étude. Ce changement, attribuable dans un premier temps à une réduction de l'épaisseur d'eau, par creusement accentué de l'effluent, d'accumulation sédimentaire et de consolidation des zones de marécages, est peut-être également causé par des activités anthropiques. La reproduction de Zizania, s'il s'agit bien de cette graminée, dépend essentiellement de la dissémination de ses graines. Puisque les épillets qui les produisent peuvent atteindre un taux de stérilité de 80 % (Aiken et al., 1989), on comprendra qu'une ponction régulière de ces graines risque alors de réduire d'autant le potentiel reproductif de la plante. À la fin de cette période, le niveau moyen de l'eau dans l'aire d'étude est de 13 mètres anm. »

« Le profil palynostratigraphique QIM03-2C7 (figures 1 et 3) est localisé à 400 cm est du trottoir Ouest de la rue Saint-Urbain, à la hauteur du trottoir Nord de la rue Saint-Antoine, soit à plus ou moins 20 mètres du lit inférieur présumé de la rivière Saint-Martin. Le profil est composé de 69 cm de gyttja compacte chargée de détritus d'herbacées aquatiques (limon organique fibreux), suivie de 15 cm de marne compacte, également chargée de détritus d'herbacées aquatiques. »

« Le profil QIM03-1C5 (figures 2 et 3) est localisé à 100 cm sud et 200 cm ouest du coin Sud-Ouest de l'intersection des rues Viger et Cheneville, à plus ou moins 120 mètres du lit inférieur de la rivière Saint-Martin. Il est composé de 45 cm de gyttja sableuse compacte brun foncé, chargée de détritus d'herbacées aquatiques. Ce dépôt est suivi de 10 cm de marne compacte gris moyen, chargée de détritus d'herbacées aquatiques. De petites concentrations de sable moyen à grossier étaient présentes dans la marne. La séquence se poursuit avec 20 cm de sable moyen à grossier, oxydé et homogène, avec présence de galets et cailloutis. La dernière couche est un sable moyen de couleur poivre et sel, homogène et stérile, dont nous n'avons pu récolter que les 15 premiers centimètres de la surface. Le profil complet se situe entre les altitudes 1249 cm et 1159 cm anm. »

« Quoi qu'il en soit, cette zone semble représentative d'un épisode de consolidation de marécage… […] Cette zone correspond en fait à une sous-zone de la ZAP 3d-4 où la consolidation de marécage semble s'accentuer… »

Conclusion

« Sur le plan local, nous croyons avoir pu retracer de façon assez juste une histoire paléoenvironnementale complexe où intervient à la fois la végétation, la sédimentation, les eaux du fleuve et des affluents, le climat et la présence humaine. D'abord submergée par les eaux du fleuve, la vallée de la rivière Saint-Martin devient graduellement une baie fluviale puis un marais fluvial. Avec le temps, l'aire d'étude s'isole du reste de la vallée et devient une étendue d'eau calme et peu profonde dont les berges se peuplent d'une flore de marécage herbacée et arbustive, riche et diversifiée. La rivière naissante transforme ce presque lac en baie de rivière, sur le pourtour de laquelle se développe un herbier émergent, apparemment dominé par le riz sauvage. À ce moment, l'archéologie enregistre, près du secteur, une recrudescence de l'occupation humaine. Nous sommes durant le Sylvicole moyen. Les conditions environnementales restent alors à peu près stables jusqu'à l'arrivée des Européens, si ce n'est la maturation et la consolidation des zones de marécages. L'occupation de ce territoire par ces derniers entraînera un assèchement graduel de la vallée, dont le développement botanique nous demeure pour l'instant obscur. Cet environnement naturel devient définitivement anthropique au début du dix-neuvième siècle. »

Références

Archéotec. (2005). Supervision archéologique de sondages exploratoires et de travaux d'infrastructures publiques dans le Quartier international de Montréal, phase 2 (MTL02-25-13) : 2002-2003. Rues Viger, Saint-Urbain et Saint-Antoine (Volume I : Texte, annexe 1 et annexe 2) [Rapport de recherche]. Les Entreprises Archéotec inc.; Ville de Montréal; Quartier international de Montréal.

Mahaut, V. (2016). Recensement cartographique des anciens cours d’eau de l’île de Montréal et tracé des creux et des crêtes. Université de Montréal, Scholaris. https://umontreal.scholaris.ca/items/8c376005-2cd6-40e1-bd14-3cd72328085f


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