Retour sur mes recherches de 2021 à la Pointe-du-Marigot, Longueuil

Si vous n’avez pas vu la vidéo, c’est le temps : 🕵️‍♂️ Hauts-fonds mystérieux à la Pointe-du-Marigot, Longueuil 🐟👍. Le questionnement portait sur la morphologie visiblement anthropique de la Pointe-du-Marigot. À l’époque, l’hypothèse la plus probable était celle d’une ancienne carrière dans le fleuve ayant servi à produire du remblai pour la construction de la route 3 (l’actuelle 132). Mais ça ne répondait pas à toutes les questions. Et de toute façon, plus mes recherches avancent, plus j’en viens à la conclusion que la Pointe-du-Marigot, telle qu’on la connaît aujourd’hui, résulte d’un ensemble de facteurs. Mes cours de maîtrise m’amènent justement souvent à ce constat : il est rare qu’une transformation du paysage, qu’un événement ou qu’une dynamique territoriale ait une seule cause. C’est presque toujours multifactoriel, avec certaines variables plus déterminantes que d’autres dans l’analyse.


Déjà vers 1934, l’hydrographe H. D. Parizeau soupçonnait que les hauts-fonds de la Pointe-du-Marigot étaient en fait des dépôts issus des travaux de dragage de la Voie maritime : « Suspected Dumping Ground ». Il faut savoir qu’on drague le fond du fleuve pour la navigation depuis au moins 1844 (Côté et Morin, 2007).


Autre élément intéressant : vers 1930, il y avait un petit aéroport à l’emplacement du garage actuel de la RTL, exploité par Fairchild Aircraft Ltd. On semble alors utiliser à la fois des pistes terrestres (très rudimentaires sur les photos aériennes de 1930) et des installations nautiques pour hydravions. Sur une carte nautique de 1947, on retrouve d’ailleurs les mentions « Seaplane Anchorage » (mouillage pour hydravions) ainsi que « Dragged to 6 feet (Buoyed) », soit « dragué à 6 pieds (balisé) ». Les hauts-fonds artificiels de la Pointe-du-Marigot ont donc des origines variées ! Aussi, vous remarquerez que cette carte de 1947 est basée sur un niveau d’eau très bas : « Water reduced to 1897 low water datum ». C’est pourquoi les zones décrites comme « grass and gravel » empiètent autant vers le fleuve.


Mais ce qui a probablement donné à la Pointe-du-Marigot sa morphologie actuelle, avec ses contours parfois presque géométriques, ce sont les travaux réalisés entre 1985 et 1992 afin de « compenser les pertes d’habitats de reproduction et d’alimentation inhérentes à la mise en place » d’un intercepteur régional d’eaux usées. Le projet impliquait un remblayage de plus de 5 000 mètres carrés ainsi qu’un dragage sur plus de 300 mètres dans le fleuve Saint-Laurent. Comme mesures compensatoires, le promoteur proposait notamment la création de plaines de débordement favorisant la fraie du brochet et de la perchaude, ainsi que des prolongements de grèves caillouteuses destinés aux oiseaux de rivage (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, 1985). Encore en 2021, on pouvait voir sur place des panneaux très abîmés datant d’environ 1988 expliquant les travaux réalisés. Et honnêtement, quand on regarde aujourd’hui la forme des berges, des hauts-fonds et des chenaux, leur aspect anthropique, voir mathématique, semble fort probablement lié à ces aménagements.


Pour refermer la parenthèse, j’ai aussi retrouvé l’ancienne carrière de la jetée MacKay, aujourd’hui la Cité-du-Havre, qui aurait, d’après Mario Hébert, environ 80 pieds de profondeur. J’en ai parlé récemment en stories ainsi que dans ma vidéo 🕵️‍♂️ Hauts-fonds mystérieux à la Pointe-du-Marigot, Longueuil 🐟👍. Effectivement, selon les données NONNA, la fosse atteindrait environ 24 mètres de profondeur, soit près de 78 pieds. La hauteur de l’eau étant très variable, un certain écart est normal. Très intéressant tout ça !


Alors voilà ! J’crois que j’ai fait le tour de cette question… jusqu’à la prochaine fois ! Haha !


Références

Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. (1985). Projet d’assainissement des eaux de la Rive-Sud de Montréal : construction de l’intercepteur régional – tronçon de Longueuil : rapport d’enquête et d’audience publique. Gouvernement du Québec.

Côté, J.-P., et Morin, J. (2007). Principales interventions humaines survenues dans le fleuve Saint-Laurent entre Montréal et Québec au 20e siècle : 1907-2005 (Rapport technique RT-141). Environnement Canada, Service météorologique du Canada, Section Hydrologie. 

Hydrographic and Map Service, Canada. (1947). St. Lawrence River, Montreal Harbour [carte nautique]. Surveys and Engineering Branch, Department of Mines and Resources, Ottawa. Réimpression du 25 mars 1947.

Pêches et Océans Canada. Service hydrographique du Canada. (2025). Données bathymétriques non navigationnelles (NONNA) du Service hydrographique du Canada. Gouvernement du Canada.


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