Pehr Kalm et les femmes...
Bonjour, bonsoir ! Ça va ? Ça fait un bon moment que je veux vous parler d’anecdotes liées à la visite de Pehr Kalm à Montréal en 1749, mais c’est un sujet qui me semble un peu « touchy ». Vous allez comprendre. Qui est Pehr Kalm, d’abord, me demanderez-vous ? C’est un homme blanc, protestant (luthérien), fils de pasteur, mais c’est surtout un explorateur, un botaniste et un naturaliste. Il est un des plus importants élèves et disciples de Carl von Linné. Oui, oui, le grand Linné, qui a posé les bases du système moderne de la nomenclature binominale, que l’on utilise encore aujourd’hui pour classer le vivant. On appelle ça la taxinomie.
Pehr Kalm est donc un de ces explorateurs envoyés par Linné pour parcourir le monde, collecter des spécimens et botaniser un peu partout. Par exemple, Pehr Osbeck est allé en Chine, et Carl Peter Thunberg a exploré l’Afrique du Sud. Pehr Kalm, lui, est venu en Amérique. Et c’est en juillet 1749 qu’il se retrouve à Montréal. Pehr Kalm ne fait pas que checker la flore : il décrit aussi son voyage, ses rencontres, les paysages, les us et coutumes. Et c’est là que ça peut coincer. C’est que justement, j’aimerais vous rapporter sa vision des choses… mais ça prend du contexte. Ça reste un homme blanc, protestant, un peu imbu de lui-même, limite chauvin (il fait souvent des comparatifs avec la Suède et la Finlande, ses pays d’origine), et qui parle beaucoup des femmes. Ça semble l’avoir marqué. Oui, il parle des hommes, un peu — qu’on est extrêmement polis, ben ben gentils, tout ça. Mais des femmes… il en parle beaucoup !
Donc, loin de moi l’idée de faire la promotion d’idées anciennes, toxiques ou dépassées sur les femmes. Au contraire, il me semble que Kalm dresse, à sa manière, un portrait plutôt flatteur : il paraît sincèrement impressionné par les Montréalaises. Oui, quand on le lit aujourd’hui, ça reste une vision archaïque, clairement marquée par son époque — on sent qu’il perçoit les femmes comme inférieures. Mais en même temps, ce ton un peu « supérieur », il l’emploie un peu pour tout le monde. Il est comme ça, imbu de lui-même, comme je disais. Donc voilà, je vous partage cet extrait, qui, malgré tout, se voulait — je pense — des compliments adressés aux femmes montréalaises :
« Ici, les femmes, en général, sont belles ; elles sont bien élevées et vertueuses, et ont un laisser-aller qui charme par son innocence même, et prévient en leur faveur. Elles s’habillent beaucoup le dimanche ; mais les autres jours, elles s’occupent assez peu de leur toilette, sauf leur coiffure, qu’elles soignent extrêmement, ayant toujours les cheveux frisés et poudrés, ornés d’aiguilles brillantes et d’aigrettes. Chaque jour de la semaine, le dimanche excepté, elles portent un mantelet petit et élégant, sur un court jupon qui va à peine à la moitié de la jambe ; et, dans ce détail de leur ajustement, elles paraissent imiter les femmes indiennes. Les talons de leurs souliers sont élevés et très étroits ; je m’étonne qu’ainsi chaussées elles puissent marcher à l’aise. En fait d’économie domestique, elles surpassent grandement les Anglaises des plantations, qui ne se gênent pas de jeter tout le fardeau du ménage sur leurs maris, tandis qu’elles se prélassent toute la journée, assises, les bras croisés. Les femmes en Canada, au contraire, sont dures au travail et à la peine, surtout parmi le bas peuple ; on les voit toujours aux champs, dans les prairies, aux étables, ne répugnant à aucune espèce d’ouvrage. »
Je pense que ce qu’il faut retenir, au fond, c’est qu’il semble avoir un p’tit béguin pour les Montréalaises, voilà ! Et, je ne vous le cacherai pas, ça fait quand même du bien à lire… ça flatte un peu l’égo collectif dans le sens du poil quand on tombe sur des passages où les Montréalaises sont décrites comme travaillantes, pendant que les Anglaises (de la Nouvelle-Angleterre) se font ramasser comme paresseuses… mettons ! Non ? Mais au-delà de ça, je trouve ça vraiment intéressant d’avoir ses descriptions, surtout sur la mode vestimentaire — même si, bon, ça reste le regard d’un homme du XVIIIe siècle, avec tout ce que ça implique. Et justement, en parlant de mode, il y a quelque chose qui m’a vraiment frappé dans le texte. Vous allez voir… mais l’idée de « mode démodée », ça ne date vraiment pas d’hier. Ne pas être à la page, ne pas suivre la dernière mode, pouvait déjà rendre quelqu’un un peu risible en 1749. Eh ben ! Je vous mets l’extrait — moi, perso, ça m’a surpris :
« Elles ne portent pas moins d’attention aux modes nouvelles, et se moquent les unes des autres, chacune critiquant le goût de sa voisine. Mais ce qu’elles reçoivent comme nouvelles façons est déjà passé de mode, et mis au rebut en France. Les vaisseaux ne venant au Canada qu’une fois tous les douze mois, on considère comme de mode, pendant toute l’année, ce que les passagers ont apporté avec eux, ou ce qu’il leur plaît d’imposer comme étant du dernier goût. »
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| Pas en Nouvelle-France, mais tout de même — magnifique peinture de la peintre française Élisabeth Vigée Le Brun, en 1783 : « Marie-Antoinette en robe de mousseline ». |
Donc, à la mode de l’année passée en France. Eh ben ! Il existait donc déjà des modes annuelles au XVIIIe siècle. Je suis peut-être mal renseigné, mais j’avais l’impression que les modes de cette époque s’étalaient sur de plus longues périodes… Que cette effervescence d’être « à la mode de l’année », du moment présent, c’était un concept beaucoup plus récent — peut-être après la Seconde Guerre mondiale ? Vous avez déjà lu là-dessus, sur des modes qui changent rapidement aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ? Vous en pensez quoi ?
Référence
Kalm, P. (1880). Voyage de Kalm en Amérique (Vol. 2). Montréal : Société historique de Montréal.



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