Tout Montréal n’a pas été remblayé avec le métro : le cas de l’Île-des-Sœurs
Hier, je tombe sur une publication sur la page Facebook « Montreal Then and Now » : une vaste portion de la partie ouest de l’île est de remblai ! Eh ben ! Je ne savais pas ! Ça fout un peu en l’air mes estimations de flore ancienne sur cette île ! Faut que j’analyse ça ! Donc je lis les commentaires, et malheureusement, je n’y apprends rien… Les gens ont tendance à faire du copier-coller de réponses toutes faites de l’IA. La majorité des commentaires indique que l’île a été remblayée avec les déblais provenant des tunnels du métro de Montréal en construction… Ah ! Ce fameux mythe, même l’IA le propage ! Un lieu commun qui a la vie dure ! Sachez que même pour l’agrandissement de l’île Sainte-Hélène et la création de l’île Notre-Dame, au départ, il n’était pas prévu d’utiliser les déblais du métro. Comme l’indique l’historien Roger La Roche (2017) : « Bien que l’imaginaire collectif ait tendance à donner une grande importance à la terre du métro dans la construction des îles, elle ne représente en fait que 15 à 20 % de tout le remblai utilisé. » Dans la majorité des cas, les îles de l’archipel ont été agrandies ou créées à partir de matériaux provenant du dragage, de carrières directement dans le fleuve, ou encore de matériel provenant de la carrière Francon.
Pour ce qui est de l’agrandissement de l’Île-des-Sœurs, ça a été fait pour être capable d’y installer les services, les égouts, les rues, etc., la partie ouest de l’île étant sujette aux inondations, car trop basse. Et d’après Lacoursière (2005), devinez avec quoi ça a été remblayé ? Des vidanges ! Ben oui ! Pas que, évidemment ! Mais surtout ! Mais oui, il y en a eu un peu, juste un peu, de déblais provenant du métro. Voici ce qu’indique une fiche du Ministère de l’Environnement du Québec (1991) : « …composés de sols granulaires disposés entre des voies d'accès constituées de débris de béton et de roc provenant d'excavations (centre-ville, métro, égouts). Les déchets industriels suspectés seraient constitués de sables de fonderie, de résidus de peinture, d'hydrocarbures et de goudron de provenance indéterminée… »
Vous le savez peut-être déjà, mais la majorité des anciennes carrières montréalaises ont été remblayées de cette façon : avec un peu de tout. Des vidanges, des produits toxiques, des déchets de construction, de la roche, du roc, du béton d’origines diverses. Le déblai du métro n’étant jamais — mais jamais, jamais — le matériel principal. Dans la majorité des cas, les déblais du métro sont en fait absents, ou présents en très faible quantité. Tiens, je vous laisse avec un autre mythe, sur lequel j’avais fait une vidéo il y a quelques années : la promenade Bellerive n’a pas été remblayée avec le matériel extrait pour construire le pont-tunnel. Les dates ne concordent pas.
À plus !
Note : Oui, pour la photo comparative 1954 / aujourd’hui, j’ai dû utiliser un petit bout d’une photo aérienne de 1930, car les photos aériennes de 1954 ne couvrent pas toute l’île.
Références
Lacoursière, J. (2005). L’Île-des-Sœurs : d’hier à aujourd’hui. Montréal : Éditions de l’Homme. https://archive.org/details/liledessoeursdhi0000laco
La Roche, R. (2017, 5 mai). La construction des îles et de la Cité du Havre. Ville de Montréal – Mémoires des Montréalais. https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/la-construction-des-iles-et-de-la-cite-du-havre
Ministère de l’Environnement du Québec. (1991, 18 février). Extrémité sud et sud-ouest de l’Île-des-Sœurs (No 06-9-04, catégorie III) [fiche de gestion des lieux contaminés]. Gouvernement du Québec.




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