Boisés de Pointe-Claire : Terra-Cotta, parc canin et rue Drake

Petite expédition avec Anne Ménard, géographe, en lien avec ma recherche sur les arbres à noix.

Trois boisés morcelés dans un même secteur, issus de deux massifs présents en 1954. Le boisé Terra-Cotta doit son nom à l’usine Montreal Terra Cotta and Lumber Company, qui exploitait un dépôt d’argile de Trenton sur le site entre 1912 et 1962. On y transformait l’argile en « tuiles creuses en terre cuite à l’épreuve du feu destinées à la construction d’églises, de théâtres et d’écoles » (Ville de Pointe-Claire, 2026). On voit encore très bien les motifs d’extraction sur la photo aérienne de 1954.


Justement, sur cette même photo, on remarque que la majeure partie du boisé Terra-Cotta correspondait à des terres agricoles. Pourtant, on y retrouve des caryers ovales (Carya ovata, points jaune-ocre, données du CDPNQ), qui semblent venir d’anciennes haies agricoles — et ça s’est confirmé aujourd’hui sur le terrain : ils sont encore là ! Sur place, j’en viens à penser que leur présence s’explique aussi par la pente, probablement trop contraignante pour l’agriculture. D’ailleurs, c’est souvent dans ces haies ou anciens fossés qu’on retrouve le plus d’espèces héritées de la forêt montréalaise d’origine, quand les boisés actuels viennent de friches agricoles. Rien de bien surprenant, au fond.

Mais — et ça aussi, sans surprise — ces anciennes friches sont souvent envahies par le nerprun cathartique… et ça s’est encore vérifié aujourd’hui. Donc, une bonne partie du boisé Terra-Cotta est relativement récente, dominée par des peupliers, aubépines, érables argentés et rouges… et beaucoup de nerprun.

C’est la portion nord-est du boisé qui est la plus intéressante, là où coule le ruisseau Terra-Cotta (oui, on a manqué un peu d’inspiration côté toponymie 😅). Une érablière sucrée à chênes ? Peut-être. On y trouve de gros chênes bicolores (à confirmer, en hiver, c’est jamais évident), des chênes à gros fruits, des chênes rouges, des charmes de Caroline, des ostryers de Virginie… et encore des caryers ovales ! Pour un si petit secteur, il y en a quand même une bonne présence, pas massive, mais plus que d’habitude, disons.

Aucune trace de noyer cendré (Juglans cinerea), par contre. Pourtant, c’est l’autre espèce dont les noix peuvent être consommées assez facilement. Contrairement au caryer cordiforme, par exemple, dont les noix étaient utilisées par les Premières Nations, mais après un long processus : trois lavages à l’eau bouillante pour enlever les tanins, séchage, transformation en farine pour assaisonner les viandes (Arnason, 1981). Bref, dans ma recherche, je m’intéresse surtout aux espèces dont les noix demandaient peu de transformation : le caryer ovale et le noyer cendré, un peu les “fast-food” des arbres à noix 😄

Avec Anne, on s’est ensuite déplacés vers l’ouest pour voir deux autres boisés, liés à un escarpement fluviatile. C’est quoi ça ? D’après Prest et Hode Keyser (1982), c’est un « escarpement d’origine riveraine », en gros une ancienne rive du proto-fleuve, datant de plusieurs milliers d’années. J’ai d’ailleurs une super photo de cet escarpement prise en 1952 (un peu plus à l’ouest de notre position).



En observant la terre sortie d’un terrier, on a pu voir que le sommet de l’escarpement est composé d’un substrat sableux enrichi en matière organique, mais quand même brun pâle, signe qu’il y a probablement plus de minéral que d’organique. Et clairement, les espèces indigènes aiment ça ! Derrière le parc canin, on a trouvé d’autres caryers ovales, de gros chênes rouges et même de la dryoptère intermédiaire.

On a poursuivi vers l’ouest, en empiétant un peu sur un terrain privé… avec un monsieur pas trop content qui nous regardait croche 😅 Bon, tsé, les joies de l’exploration ! En haut de l’escarpement de la rue Drake, il y a un très beau boisé. On s’est dit : « Crime, c’est beau ici, ça mériterait d’être plus connu ». Et effectivement, c’est un vestige de l’ancienne forêt montréalaise : caryers ovales (plus rares), érables à sucre, hêtres…

C’est quand même dommage que l’urbanisation sauvage des années 1960 ait morcelé ce boisé en plusieurs fragments. Parce que, d’après Google Street View, il reste encore des portions du boisé de 1954 derrière la bibliothèque de Pointe-Claire.

Bref, super belle petite sortie. On va devoir y retourner pour confirmer les chênes bicolores… et peut-être la présence de cornouiller odorant (très rare à Montréal, mais selon moi probablement planté).

Donc voilà ! À suivre 👀


Références

Arnason, T., Hebda, R. J., & Johns, T. (1981). Use of plants for food and medicine by Native Peoples of eastern Canada. Canadian Journal of Botany, 59, 2189-2325.

Prest, V. K., & Hode Keyser, J. (1982). Caractéristiques géologiques et géotechniques des dépôts meubles de l’île de Montréal et des environs, Québec (Étude 75-27). Commission géologique du Canada.

Ville de Pointe-Claire. (2026). Terra-Cotta. https://www.pointe-claire.ca/histoire-et-patrimoine/patrimoine/terra-cotta


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