L’histoire de la lutte pour la sauvegarde de l’ancienne pépinière de Montréal (1969-1981)
Aujourd’hui, de l’ancienne pépinière, il ne reste qu’un petit parc. Et si l’on considère les infrastructures sportives extérieures comme des espaces verts, on peut aussi ajouter les terrains de Louis-Riel. Dans le texte qui suit, il faut comprendre « jardins résidentiels » comme des jardins communautaires. Peut-être que la chasse aux sorcières anticommunistes aux États-Unis était restée gravée dans les mémoires ? Le terme « communautaire » était-il alors mal vu ?
1969 – Première grande mobilisation citoyenne autour de l’ancienne pépinière municipale
Plus de 3 000 personnes s’opposent au projet immobilier Myriade I, un programme de logements à loyer modique prévu sur le site de l’ancienne pépinière municipale (quadrilatère des rues Rosemont, Carignan, de Jumonville et Duquesne), dans un secteur alors fréquemment désigné comme le Nouveau-Rosemont, qui deviendra plus tard le quartier Louis-Riel, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. La mobilisation est portée par le Comité de surveillance des jardins résidentiels du Nouveau-Rosemont, qui apparaît clairement comme l’acteur structurant de la démarche. Bernard Trudeau est nommé comme président du comité. La contestation s’appuie sur une pétition d’envergure et sur de multiples appuis politiques et institutionnels. Cet épisode marque l’ancrage durable d’une culture de vigilance citoyenne face aux projets d’aménagement et aux changements de zonage incessants dans ce secteur de l’est de Montréal.
Référence
Masse, R. (1969, 29 juillet). Plus de 3 000 personnes s’opposent au projet Myriade I. La Presse (Montréal).
Années 1970 – Usages communautaires de l’ancienne pépinière et recomposition du projet Myriade
Pendant les années 1970, l’ancienne pépinière municipale n’est pas seulement un site convoité par les promoteurs : elle est également utilisée comme espace de jardins communautaires, ce qui éclaire le sens du nom « jardins résidentiels du Nouveau-Rosemont ». Ces usages traduisent une appropriation citoyenne du site, fondée sur des pratiques collectives de jardinage et sur une présence quotidienne sur le terrain. Parallèlement, le projet Myriade I est transformé : la construction de HLM en plus petit nombre est prévue au nord de l’ancienne pépinière, l’implantation de l’école secondaire Louis-Riel est confirmée, et une partie des espaces verts est maintenue.
Cette période est aussi marquée par une surveillance de proximité exercée par les comités citoyens, qui s’intéressent autant à la propreté, aux usages et à la cohabitation sociale qu’aux enjeux strictement urbanistiques. Les tensions sociales observées entre différents groupes de résidents témoignent des difficultés d’intégration et de dialogue dans un quartier en transformation rapide.
Références
Masse, R. (1969, 29 juillet). Plus de 3 000 personnes s’opposent au projet Myriade I. La Presse (Montréal).
Germain, A., & Leloup, X. (2004). Il était une fois dans un HLM… Institut national de la recherche scientifique (INRS).
1980 – Retour médiatique de la lutte et affirmation du rôle de surveillance citoyenne
À la fin des années 1970 et au début des années 1980, la question de l’ancienne pépinière municipale revient fortement dans l’espace public montréalais. Des citoyennes et citoyens réaffirment l’importance de préserver ces espaces verts face à la reprise de projets résidentiels et à des changements de zonage répétés. Le Comité de surveillance des jardins résidentiels du Nouveau-Rosemont, est de retour sur la scène et joue alors un rôle central dans cette mobilisation.
Dans une lettre publiée dans La Presse, Jacques Fournier, alors président du comité, insiste sur la nécessité de protéger la pépinière, présentée comme un immense jardin communautaire et un rare espace vert du secteur. Il invoque la qualité de vie, la préservation des usages collectifs et le refus de voir disparaître ce qu’il décrit comme un patrimoine de proximité. Toutefois, le discours révèle également certaines tensions et ambiguïtés. Le président suggère que les nouveaux projets de duplex et de triplex pourraient être réalisés ailleurs, notamment sur des friches situées près du métro Assomption (qu’il qualifie de « jungle »), voire dans des boisés perçus comme moins valorisés. Cette position laisse transparaître une logique de type « pas dans ma cour », où la protection des espaces verts semble parfois se confondre avec la défense des acquis résidentiels du quartier.
Par ailleurs, la lettre évoque aussi des enjeux très pragmatiques, comme le manque de stationnement pour les résidents des rues avoisinantes, ce qui montre que les revendications du comité ne relèvent pas uniquement d’une sensibilité environnementaliste au sens contemporain du terme. Il s’agit plutôt d’une mobilisation citoyenne composite, mêlant préoccupations paysagères, usages quotidiens, qualité de vie, cohabitation sociale et rapports de pouvoir locaux. Dans ce contexte, le rôle du comité s’affirme comme celui d’un acteur de surveillance de proximité, présent sur le terrain, attentif aux transformations du quartier, mais inscrit dans les représentations sociales et les conflits d’intérêts propres à une période de forte mutation urbaine.
Cette séquence marque néanmoins une étape importante : elle consolide l’idée que l’ancienne pépinière et ses abords constituent un enjeu collectif durable, appelant une vigilance citoyenne continue face aux décisions municipales et aux logiques d’aménagement successives.
Références
Fournier, J. (1980, 9 juillet). S.V.P. ne détruisez pas notre pépinière ! La Presse (Montréal), A7.
Berthiault, M. (1980, 27 septembre). Il a fallu 11 ans à Montréal pour vaincre la résistance des citoyens. La Presse (Montréal), F8.
1981 – Judiciarisation des luttes et reconnaissance publique des comités citoyens
En 1981, un comité de citoyens annonce vouloir entreprendre des démarches judiciaires contre la Ville de Montréal afin de protéger les espaces verts issus de l’ancienne pépinière municipale. Cette étape marque une montée en intensité des moyens d’action et confirme la reconnaissance publique du rôle joué par les comités de surveillance comme interlocuteurs légitimes dans les débats d’aménagement urbain.
Malgré cette envolée juridique, il faut tout de même noter que l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve est « riche en organismes communautaires et a la réputation d’être le berceau historique des tables de concertation de quartier » (Germain & Leloup, 2004).
Références
Massé, D. (1981, 21 mars). Un comité de citoyens veut poursuivre la Ville de Montréal. La Presse (Montréal).
Germain, A., & Leloup, X. (2004). Il était une fois dans un HLM… Institut national de la recherche scientifique (INRS).






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