À propos du mythe que les bâtiments de ferme étaient construits en pruche

Oui, vous l’avez déjà entendu. On l’a tous entendu : la pruche, ce bois de construction soi-disant primordial de nos bonnes vieilles fermes québécoises. Ben… pour ce qui est de la région montréalaise, ça a l’air d’être pas mal plus un mythe qu’autre chose.


En réalité, la pruche aurait été le troisième choix. Les premiers colons de l’île de Montréal et des alentours ont d’abord construit surtout en thuya, selon Loewen (2009). Le thuya (Thuja occidentalis), qu’on appelle — à tort — le cèdre.


Pourquoi cette confusion-là ? Ben, tout simplement parce que les premiers colons connaissaient surtout le bois de cèdre… celui de leurs coffres de transport de vêtements, importés du Proche-Orient. Ils associaient le cèdre à une couleur et une odeur, une fois le bois coupé et séché (Hodgson, 2016). À l’époque, on ne cultivait pas encore vraiment le cèdre en Europe, ou très peu au début du XVIIᵉ siècle. Donc, il est fort possible que les premiers colons n’aient jamais vu de cèdre vivant.

Et effectivement, le bois du thuya ressemble énormément à celui du cèdre : même texture, même odeur une fois sec. Sauf que botaniquement, c’est pas la même affaire pantoute. Le cèdre a des feuilles en forme d’aiguilles, comme le pin, tandis que le thuya a des feuilles en écailles. Le port est aussi très différent. Tsé, le cèdre qui se dresse fièrement sur le drapeau du Liban, c’est pas du thuya…


Donc oui : le thuya comme premier choix, suivi de très près par le pin blanc. Puis, à partir du XIXᵉ siècle, le pin blanc devient l’arbre le plus utilisé en construction — possiblement parce que les réserves de thuya commencent à s’épuiser (Loewen, 2009). Toujours au XIXᵉ siècle, la pruche commence à être importée à Montréal, surtout depuis l’Outaouais. Il semble que la pruche devienne alors le bois de prédilection pour la construction, une fois que les réserves locales de thuya et de pin blanc sont largement entamées.

Bref, oui : les bâtiments de ferme, surtout à partir de la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, seront construits principalement en pruche (Schneider, 2020).


À noter aussi qu’il y a bel et bien de la pruche à Montréal, notamment au Bois-de-l’Héritage, souvent accompagnée d’érable rouge. Selon les données d’iNaturalist, il en reste encore pas mal sur le mont Royal. Et parlant du mont Royal : il n’a pas toujours été un parc ou un cimetière. Il a aussi servi de réserve de bois, avec des coupes assez intenses : « Au moins trois coupes successives sont documentées entre environ 1790 et 1870 » (Loewen, 2009).

Tout ça, évidemment, concerne la région montréalaise. Des scénarios différents peuvent très bien exister ailleurs au Québec. Et là-dessus, j’aimerais vraiment entendre vos histoires ! Merci !

Références

Hodgson, L. (2016, 17 janvier). La fascinante histoire de l’arbre de vie. Jardinier paresseux. https://jardinierparesseux.com/2016/01/17/la-fascinante-histoire-de-larbre-de-vie/

Loewen, B. (2009). Le paysage boisé et les modes d’occupation de l’île de Montréal, du Sylvicole supérieur récent au XIXe siècle. Recherches amérindiennes au Québec, 39(1-2), 5-21.

Schneider, A. (2020). Plantes médicinales indigènes du Québec et du sud-est du Canada. Montréal, Les Éditions de l'Homme.

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