Un sou pour dire qu’on se fait mettre dehors : cartes postales de 1906

Bonjour ! C’est un peu moins mon domaine de recherche, mais justement, en explorant BAnQ numérique — à l’origine pour tenter de dénicher des photos aériennes de Pointe-Claire de 1928 — je suis tombé là-dessus. Fascinant de voir que les cartes postales, en 1906, pouvaient aussi servir à de la communication du quotidien, et pas seulement à raconter des anecdotes de voyage. C’était sans doute la forme de communication la moins coûteuse ? À un cent l’envoi, c’est quand même un bon prix en 1906, non ?

Rapidement, quelques exemples de ce qu’on pouvait acheter avec des sous en 1906, selon la revue hebdomadaire Le Prix courant (1906) : « On vend le chevreuil, bête entière, 7 cents la livre » ; friandises et réglisse : « Pellets, Wafers, en sacs de 5 cents » ; sirop et sucre : « 2,5 à 3 cents la livre ». Bref, le cent avait un vrai pouvoir d’achat.

Voici maintenant la retranscription d’une carte postale envoyée le samedi 2 juin 1906, possiblement à partir de Pointe-Claire — le sceau de la poste indique clairement « Montréal ».

« Montréal, 2 juin 1906,


Chère Grand-Maman,

Je viens en petite quêteuse vous demander l’hospitalité pour 3 jours, car où je suis en pension, cela change de propriétaire et je serais obligé de me chercher une autre place car les autres doivent arriver le 8 courant. J’espère que cela ne vous dérangera pas trop si j’arrive mardi et cela va me procurer le plaisir de passer de belles journées avec nous. Votre [enfant]. Laura.

Adresse
Madame P. L’espérance
Nº 22 rue Hébert
Haute Ville
Québec »


C’est troublant ce problème de pension en 1906 : ça fait écho à des enjeux très actuels. Laura se fait littéralement mettre dehors de son « logement ». Elle écrit le samedi 2 juin 1906 et prévoit arriver chez sa grand-mère le mardi 5 juin. Si on suit la logique, la poste devait être assez fiable à l’époque ! À moins que Laura ne soit pas tout à fait à son affaire… ou qu’elle écrive en urgence, tout juste après avoir appris qu’elle devait quitter sa pension. Possible aussi que Laura soit arrivée chez sa grand-mère avant même que la carte postale n’arrive.

Et là, détail intéressant : il y a une autre carte postale envoyée par Laura dans le même lot numérisé, toujours dans le dossier Pointe-Claire sur BAnQ numérique. Celle-là est antérieure à l’envoi désespéré de la « petite quêteuse », et elle est aussi envoyée depuis Montréal.

« Montréal, 1 mai 1906,

Chère cousine,
Je te remercie beaucoup de ta jolie carte. Je t’assure que j’ai bien hâte de vous voir tous et j’espère que quand papa et maman seront de retour, on aura le grand plaisir de vous voir à Sorel. Ta cousine qui t’aime, Laura.

Adresse
Mademoiselle
Alp. Lefèvre
22 rue Hébert
Québec »

On peut sans doute supposer que la famille de Laura est originaire de Québec ? Est-ce que quelqu’un ici, parmi mes amis historiens — amateurs comme pros — a déjà croisé ce genre d’usage très quotidien des cartes postales ? Ou même est tombé sur d’autres cartes postales de cette fameuse Laura ? Je doute d’être le premier à tomber là-dessus. Merci !



Références

Bibliothèque et Archives nationales du Québec. (1906, 28 décembre). Le Prix courant [Périodique, version numérisée]. BAnQ.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec. (vers 1890–vers 1965). Pointe-Claire [Gravures, cartes postales]. Collection Magella Bureau, notice P547, S1, SS1, SSS1, D248. BAnQ.



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