Archipel effacé : les îles à l’origine du site de l’Expo 67
C’est après avoir lu le récit d’une visite anecdotique de Pehr Kalm sur l’île Madeleine (Sainte-Hélène), en 1749, que j’ai enfin décidé d’ajouter l’archipel à ma super carte. Il est vrai que je n’avais pas le goût de redessiner les hauts-fonds complexes, et je regardais ça du coin de l’œil depuis des années, mais maintenant, c’est fait ! Pour ce qui est de l’histoire de la construction des sites de l’Expo 67, je vous propose ce texte, très complet, de Roger La Roche.
Je vous invite donc à aller voir ça sur ma super carte ! Vous remarquerez que, dans les années 1950, le fleuve était beaucoup plus large qu’aujourd’hui ! Ok, on regarde chaque île et chaque haut-fond en détail !
Île Madeleine ou Sainte-Hélène (1749)
Le 28 juillet 1749, Pehr Kalm, botaniste suédois, visite l’île appartenant à son hôte, le gouverneur Charles Le Moyne de Longueuil (qu’il nomme baron de Longueuil), qui y possède « une fort jolie maison, mais peu spacieuse, et un beau jardin avec parterre ».
Il y fait une petite tournée de reconnaissance botanique et y note le sumac glabre (Rhus glabra), qui y « croît avec une vigueur incroyable ». Cette observation est très intéressante, car le sumac glabre est rare dans la région montréalaise ! Peut-être que cette colonie a été plantée ?
Il fait aussi la description du mûrier rouge (Morus rubra), qu’il indique comme introduit (et il a raison). Ceux de l’île ont été plantés il y a vingt ans. D’après lui, ces mûriers croissent naturellement (donc indigènes) « à vingt milles au nord d’Albany », aux États-Unis.
Finalement, il note la présence de hêtres (Fagus grandifolia) plantés à l’ombre sur l’île. Il mentionne que l’on n’en rencontre pas à l’état sauvage près du Saint-Laurent. Il a raison, mais le centre de l’île Sainte-Hélène étant un pluton comme le mont Royal, est tout à fait propice au hêtre. Aussi, j’aimerais ajouter que le hêtre est commun dans les vieilles forêts montréalaises, celles qui possèdent le sol approprié à l’établissement d’érablières à caryer cordiforme. Ben voilà ! Se termine là son petit périple fort instructif sur l’île Madeleine… euh pardon ! Sainte-Hélène.
La forme de l’île est d’après un amalgame de photos aériennes des années 1930 et 1950, récupéré sur le portail GéoIndex. L’image ci-dessous est tirée des cartes en feuillets de Sitwell et Jervois de 1865.
Île Ronde (1950)
Oui, l’île Ronde a donné son nom au parc d’attraction situé sur ces assises : La Ronde. Cette histoire est bien connue, mais il reste intéressant de cartographier avant l’agrandissement de l’île Sainte-Hélène.
La forme de l’île est d’après un amalgame de photos aériennes des années 1930 et 1950, récupéré sur le portail GéoIndex. La première image proposée est tirée des cartes en feuillets de Sitwell et Jervois de 1865.
Île aux Fraises ou Verte (1950)
Petit îlot ayant servi d’assise à l’agrandissement de l’île Sainte-Hélène. D’ailleurs, d’après la photo aérienne de 1950, il semble que cette île soit en fait un haut-fond lié à l’île Sainte-Hélène.
La forme de l’île est d’après un amalgame d’une photo aérienne de 1950, récupérée sur le portail GéoIndex, et de l’interprétation qu’en ont faite Sitwell et Jervois en 1865.
Île Moffat (1950)
Petite île stratégique qui a servi de base, avec les haut-fonds plus au nord, à la création de l’île Notre-Dame. Au milieu du XIXᵉ siècle, cette île a servi de base à une jetée, possiblement constituée de remblais consolidés, la « St. Lambert Wharf », qui menait à un traversier, le « Montreal and St. Lambert Ferry ».
La forme de l’île est établie d’après une photo aérienne de 1950, récupérée sur le portail GéoIndex. La ci-dessous est tirée des cartes en feuillets de Sitwell et Jervois de 1865.
Hauts-fonds liés à l’île Moffat (1950)
Chapelet de hauts-fonds ayant servi de base à la création de l’île Notre-Dame, pour l’Expo 67. Cette idée d’agrandir l’île Sainte-Hélène est antérieure à l’Expo 67. Sur l’image ci-dessous, on peut voir qu’en 1931, le plan approuvé de l’architecte paysagiste Frederick Todd prévoyait déjà l’agrandissement de l’île Sainte-Hélène en utilisant comme assise ces hauts-fonds.
Ces hauts-fonds semblent liés à l’île Moffat, car lorsque le niveau de l’eau est très bas, le lien avec l’île est visible (voir la photo aérienne de 1960, tirée d’une Analyse des valeurs patrimoniales).
La forme des hauts-fonds est établie d’après une photo aérienne de 1950, récupérée sur le portail GéoIndex. J’y ajoute aussi un extrait des cartes en feuillets de Sitwell et Jervois de 1865 : les hauts-fonds y étaient déjà présents. C’est que j’ai lu, durant mes recherches — et cela devait venir de l’IA — que les hauts-fonds avaient été créés par l’homme, ce qui est faux.
Références
Archives de la Ville de Montréal (2015, 21 octobre). Chronique Montréalité no 46 : L’île Sainte-Hélène, depuis 1611. Plan de développement de Frederick Todd, 1931, VM6-D1901-17-5-A-001.
Bibliothèque de l’Université Laval. (2025). GéoIndex : Plateforme de données géospatiales et de photographies aériennes (Portail en ligne).
Kalm, P. (1880). Voyage de Kalm en Amérique. Volume II. (L. W. Marchand, trad.). Montréal : T. Berthiaume. (Œuvre originale publiée en 1749)
Sitwell & Jervois (1865). Contoured plan of Longueuil & St Lambert, Montreal, Canada East surveyed in 1865-6. BAnQ.
Ville de Montréal. (2007). Analyse des valeurs patrimoniales : Le site du patrimoine de l’île Sainte-Hélène. Service de la mise en valeur du territoire et du patrimoine, Bureau du patrimoine de la toponymie et de l’expertise.













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