Arborglyphe autochtone, vallon boisé situé sous le parc Westmount (vers 1900)

Petit avertissement. L’extrait qui suit repose sur des regards allochtones portés sur des réalités autochtones. Vous pouvez me traiter de woke, ça ne me dérange pas pantoute. D’ailleurs, à propos de « woke », c’est quand même fascinant de voir comment certains mots dérapent avec le temps — un peu comme le mot intellectuel à l’époque de l’affaire Dreyfus en France — au point où des termes banals finissent par devenir des insultes. Justement, parlons vocabulaire. Le texte plus bas date de 1924 et emploie la terminologie « Indien ». Évidemment, ça m’irrite, mais je n’ai pas le choix : c’est le langage de la source originale.

Ce qui m’agace vraiment — et ce n’est peut-être pas le cas avec l’extrait ci-dessous —, c’est que les écrits occidentaux de cette époque, qu’ils soient le fait de journalistes, d’historiens ou d’érudits autoproclamés, adoptent souvent un ton de supériorité qui transpire le colonialisme lorsqu’il est question des Premières Nations. Tellement que, des fois, je ne termine même pas la lecture. Ça me met en câlisse solide, au point de pitcher le livre au bout de mes bras.

Woke, tu dis ?


Un arborglyphe est une inscription ou un dessin gravé sur l’écorce d’un arbre, selon La langue française (2024). Et ça, les Premières Nations en étaient friandes. Je l’ai déjà raconté en vidéo. Selon Lahontan (1703), les Premières Nations relataient leurs exploits à l’aide de gravures et de peintures réalisées sur les arbres. Personnellement, j’aime voir ça comme une sorte de PowerPoint avant la lettre, une manière visuelle d’appuyer un récit et de transmettre une histoire qui restera gravée pour une longue période. D’ailleurs, c’est pour cette raison que la première image de cette chronique est tirée d’un livre de Tremblay (2006), mais elle n’a aucun lien direct avec l’arborglyphe mentionné à Westmount.


Enfin, j’y arrive !

Selon Lighthall (1924), cité dans The Westmount Historian (2003) : « In the wooded Glen below Westmount Park, there existed, a generation ago, a huge tree bearing an early Indian picture carving, thought to be the forms of a man and an arrow. »

Il y avait donc, vers 1900 — j’ai soustrait sommairement 25 ans, ce qui correspond approximativement au temps d’une génération —, sur un immense arbre, une gravure représentant un homme et une flèche, pouvant être attribuée, avec prudence, aux Iroquoiens du Saint-Laurent, dans le vallon boisé situé sous le parc Westmount. Très intéressant. Pour illustrer la zone possible où se situait cet arbre, je me suis appuyé sur les cartes en feuillets de Sitwell et Jervois (1869), qui rendent très bien la topographie marquée du vallon (appelé glen en anglais). D’ailleurs, sur cette carte, au bas du vallon, on retrouve justement une fabrique de briques : la Glen Brick Works.


D’autres anecdotes intéressantes du paysage que j’illustre sur ma carte Patrimoine naturel et territorial de Montréal (XVIIᵉ siècle – époque contemporaine).

Le texte de W. D. Lighthall (1924) fait également mention de plusieurs éléments paysagers étroitement liés à la présence autochtone dans le secteur de Westmount, au pied du mont Royal. Il évoque d’abord un lieu de campement privilégié, situé à l’ombre d’un orme ancien de taille gigantesque, à l’angle actuel des rues Argyle et Sherbrooke, sur le terrain de l’école Argyle. Il mentionne également deux sources naturelles associées à ce secteur. L’une, située sur le domaine Raynes, à la tête de l’avenue Murray, était connue sous le nom de « Indian Well » (puits de l’Indien). Une autre source, portant le même nom, se trouvait sur le domaine Murray, juste en contrebas de The Boulevard.


Demande d’aide

Très intéressant tout ça ! J’ai toutefois d’autres souvenirs, entendus lors de visites de musées ou au fil de conversations. C’est peut-être noté quelque part, mais je ne retrouve plus. Et puis, on le sait, le cerveau nous joue souvent des tours et fait des amalgames avec nos souvenirs.

J’ai donc le souvenir d’histoires racontant peut-être un jeune Redpath qui, enfant, jouait dans la terre du mont Royal et aurait, par inadvertance, récolté des artéfacts — des pointes de flèches ou des fragments de poterie attribuables aux Premières Nations. J’ai même le souvenir que ces objets avaient été conservés dans un petit coffret. Je crois avoir retrouvé l’origine possible de ce faux souvenir ici, dans un onglet que j’ai ajouté à ma carte : Découvertes fortuites d’artéfacts par des enfants (fin du XIXᵉ siècle).

Mais j’ai aussi le souvenir qu’on m’a raconté qu’il existait d’autres gravures attribuées aux Premières Nations dans Westmount, à la fin du XIXᵉ siècle, notamment sur certains gros arbres… Avez-vous déjà entendu ce genre d’histoire ? Avez-vous d’autres récits semblables, appuyés par des sources fiables ? J’aimerais vraiment beaucoup les connaître et, si l’information est suffisamment précise, elle pourrait être ajoutée à la carte. Merci !

Un grand merci à Mathieu Trépanier de m’avoir trouvé le texte de Lighthall (1924), très apprécié !


Références

Lahontan  (1703). Mémoires de l’Amérique septentrionale. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

La langue française. (2024, 18 septembre). Arborglyphe. Nicolas Le Roux.

Lighthall, W. D. (1924). Hochelaga and the Hill of Hochelaga. Transactions of the Royal Society of Canada, 18(3). Cité dans The Westmount Historian, 3(2), février 2003, Westmount Historical Association.

Sitwell, J., & Jervois, F. C. (1869). Contoured plan of Montreal & its environs : surveyed in 1868–9. Montréal. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Tremblay, R. (2006). Les Iroquoiens du Saint-Laurent : peuple du maïs. Montréal, Pointe-à-Callière. Les Éditions de l’Homme. 

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