Lac à la Loutre ou Saint-Pierre (fin XVIIIe - début XIXe siècles)
Cette représentation du lac à la Loutre s’appuie sur les travaux de Valérie Mahaut (2016). En modélisant le relief contemporain du secteur pour identifier la cuvette marécageuse d'origine, on obtient un tracé hypothétique du lac à son niveau de remplissage maximal.
D'un point de vue écologique, cet ancien milieu est en partie comparable à l'actuel marais de la rivière aux Cerises, à Magog. Sa classification technique correspondrait à un complexe de marais et de tourbière ouverte minérotrophe, ceinturé de tourbières boisées. Comme le décrivent les textes de Bilodeau (1992) présentés ci-dessous, le lac à la Loutre était très peu profond, ce qui explique sa propension à déborder largement lors des crues.
D'ailleurs, sur les cartes détaillées de Sitwell et Jervois (1869), le secteur est clairement cartographié comme une tourbière ouverte, alors en voie d'assèchement. C’est précisément à cet endroit qu'ont été aménagées les voies ferrées du Montreal and Lachine Railway (1847) et du Grand Trunk Railway (1856). Selon le géographe Étienne Boucher, le passage des chemins de fer à travers les tourbières était une pratique courante à l'époque (un phénomène également observable au marais de la rivière aux Cerises), puisque ces milieux offraient un relief parfaitement plat.
Ce que la carte illustre ici correspond donc au lac à la Loutre à son apogée, à la suite de pluies diluviennes. En temps normal, il s'agissait plutôt d'un vaste complexe de marais peu profonds et de tourbières minérotrophes.
Voici, en complément, mes premières recherches à propos de ce milieu.
Extrait du rapport archéologique de Bilodeau (1992) :
Inventaire et surveillance archéologique : construction du pont du boulevard des Trinitaires (Ville de LaSalle) au-dessus du canal de Lachine, 1991.
« Avant l’aménagement du canal de Lachine, il faut mentionner la présence du Lac Saint-Pierre (Lac à la Loutre) alimenté par la rivière Saint-Pierre. Cette dernière, issue des pentes occidentales du Mont-Royal, formait au printemps le vaste mais peu profond Lac Saint-Pierre avant de se jeter dans le fleuve à la hauteur de l’île Saint-Paul (Île des Sœurs) (Parcs Canada, 1983:11). Selon Campbell (1937), le lac se rétrécissait considérablement vers l’Est pour devenir un ruisseau, entre Montréal et Verdun, se transformant en un double méandre pour rejoindre la rivière Saint-Martin près du square Chaboillez. La nature marécageuse de ce secteur aurait pu constituer saisonnièrement un lieu de chasse privilégié pour les groupes amérindiens. »
« Ce secteur se situait directement dans le lit du lac Saint-Pierre avant que celui-ci ne soit asséché lors de la construction du canal de Lachine pendant le premier quart du 19e siècle. L’occupation euro-canadienne des terres au nord du lac Saint-Pierre sur la Côte Saint-Pierre se distribuait au sommet de la falaise Saint-Jacques. »
« Cette portion du territoire servira principalement de support pour le transport ferroviaire : le Montreal and Lachine Railway (1847) et le Grand Trunk Railway Road (1856). L’amélioration et le développement des transports amèneront la localisation des infrastructures nécessaires au fonctionnement des voies ferrées dans le sud-ouest de l’île de Montréal : ateliers ferroviaires et cours de triage du Grand Tronc. La spécificité de cette utilisation du territoire, axes de communication, perdurera jusqu’à nos jours et explique la nature des vestiges archéologiques identifiés lors de la surveillance. »
« Les fonds déprimés de la Pointe Saint-Charles servent surtout de pâturages et ne sont guère habités. Pour les éviter, la ligne des concessions vers le sud-ouest s’éloigne à l’intérieur sur deux côtes parallèles coupées par une longue étendue marécageuse appelée "lac" Saint-Pierre. Par là, un chemin rejoint Lachine, le port d’embarquement vers les Outaouais (Déchêne, 1974:261). »
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| Gros plan sur la délimitation de la tourbière « à la Loutre » par Sitwell et Jervois (1869). |
Références
Bilodeau, R. (1992). Inventaire et surveillance archéologique : construction du pont du boulevard des Trinitaires (Ville de LaSalle) au-dessus du canal de Lachine, 1991 (Vol. 1, Rapport). Services techniques, Ville de LaSalle.
Mahaut, V. (2016). Recensement cartographique des anciens cours d’eau de l’île de Montréal et tracé des creux et des crêtes. Université de Montréal, Scholaris. https://umontreal.scholaris.ca/items/8c376005-2cd6-40e1-bd14-3cd72328085f
Sitwell et Jervois (1869). Contoured plan of Montreal and its environs, Quebec, triangulated in 1865 and surveyed in 1868-9. BAnQ.



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